L'Actionnariat Salarié: Fabrique du consentement ou contre-pouvoir prometteur ?

Publié le par Razak ELLAFI

Le débat sur la relation du salarié avec le capital de son entreprise doit être au coeur de notre projet de réconciliation de la gauche et les français avec l'entreprise.

En effet, depuis le milieu des années 80, diverses formes d'association des salariés au capital de leur entreprise se sont développées bien que les salariés ont objectivement des intérêts divergents de ceux des actionnaires, notamment en ce qui concerne le partage des profits. Aujourd'hui ces formes de participation sont essentiellement utilisées pour aligner l'interêt des salariés sur celui des propriétaires de l'entreprise, jouant ainsi un rôle de "fabrique du consentement" selon l'expression utilisée par N. Chomsky à propos des médias.

Très majoritairement limité aux cadres et aux grandes entreprises cotées, l'actionnariat salarié qui touche entre 2 et 3 millions de salariés, a surtout été utilisé comme une arme anti-OPA, une fabrique du consentement et de réduction des oppositions aux privatisations (cf. privatisation EDF) et un outil de fidélisation des cadres.
C'est pour cette raison que le temoignage de François Enaud, Président de Stéria, interrogé par Brigitte Jeanperrin nous a paru intéressant notamment parce qu'il aborde de front et de manière innovante la question de la gouverance de l'entreprise :
 



Notre réflexion sur la question de l'association des salariés au capital de leur entreprise doit se fixer comme objectif une gouvernance améliorée permettant un meilleur partage des profits entre capital et travail ainsi qu'une meilleure anticipation des mutations technologiques et économiques. Le manque d'anticipation de ces mutations touche prioritairement les salariés les plus faibles comme a pu le montrer Ségolène Royal lors de sa visite du Supermarché Champion dans le 13ème arrondissement de Paris. Ce sont eux qui doivent aussi bénéficier de ses avancées en matière de gouvernance.   



Une première étape pour améliorer la gouvernance par le biais de l'actionnariat des salariés passe sans doute par l'organisation d'élections pour les directions des fonds communs de placement. En effet comme le souligne un article du journal Les Echos de cette semaine : l'autonomie de jugement des salariés a "de quoi effrayer un patron tout-puissant. Dès lors il préfèrera brider l'expression. La législation a en effet prévu que si les titres sont logés dans un FCPE, son conseil de surveillance peut représenter l'ensemble des actionnaires salariés. Or force est de l'habitude, ses membres sont souvent désignés par la direction générale et les syndicats, non par la base actionnariale."

La réflexion doit aussi porter sur l'association des salariés au capital des PME et sur le rôle de celle-ci : C'est une question délicate parce cette association au capital accompagnée d'une modification de la gouvernance est vue par bien des dirigeants comme un risque de remise en cause de leur nécessaire autorité et de leur légitimité. Elle est aussi vue par les investisseurs en capital, fonds et capitaux-risqueurs comme un obstacle à la revente de l'entreprise (un obstacle à la "sortie", acte essentiel du métier d'investisseur en capital).

En septembre-octobre 2007, la publication d'un livre document intitulé "Renault côté cour" et écrit par Pierre Alanche, où celui-ci décrit son expérience d'ancien administrateur salarié, ouvrira une fenêtre d'opportunité pour débattre publiquement de ces questions.

Je vous remercie d'avance pour vos commentaires, avis et documents sur les questions abordées ici.

Publié dans tribune libre

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Jean-Michel Oudjani 16/09/2011 23:02



Très intéressant votre article. il exprime bien une des difficultés voire des ambiguités de
l'actionnariat salarié en France. Ce manque de vision globale et de cohérence s'explique notamment par le souci qu'ont eu les Pouvoirs Politiques  de rassurer des partenaires
sociaux.


Les grands défis de l'actionnariat salarié sont notamment : 


1)  Comment concilier le lien de subordination des  salariés avec la
qualité d’actionnaires et la vocation de défendre les intérêts de l’entreprise ? Contrairement aux syndicalistes qui disposent d’un statut protecteur, les associations d’actionnaires
salariés et leurs représentants  ne bénéficient d’aucunes protections. Des dirigeants n’hésitent pas à utiliser des codes de déontologie
et le règlement intérieur de leurs entreprises pour limiter la liberté d’expression et le développement des associations.


2) Comment protéger l’indépendance des associations
d’actionnaires-salariés ? Des pratiques constatées dans certaines entreprises montrent que des associations d’actionnaires salariés
comme les FCP concernant les salariés sont devenus des « monopoles » réservés à certains  syndicats voire même à des dirigeants (salariés) de
l’entreprise.


3) Comment favoriser la
généralisation de l’actionnariat salarié ? Si les groupes et les entreprises disposant d’un actionnariat-salarié instituaient cette formule dans leurs filiales,
notamment celles de type PME/PMI, le nombre d’entreprises bénéficiaires pourrait être multiplié par plus de dix en l’espace de peu de temps.


C'était une libre contribution à vos réflexions


Jean-MichelOudjani


[
http://www.adpacnp.fr/index.html
]


 



RMS 26/06/2007 20:22

Ce site est une excellente initiative car je désepérais d'entendre la gauche proposer de réelles idées pour l'entreprise ! On aurait presque réussi à nous convaincre que l'entreprise était, par essence, de droite. Evidemment c'est faux (soyons précis : elle n'est pas de gauche non plus) et ça limitait beaucoup le débat d'idées...Bonne continuation à vous, donc ! http://toutpourlemanagement.blogspot.com/

JP 21/06/2007 10:19

Le cas d'Auchan peut être intéressant à analyser: une société avec un très fort attachement des salariés lié à une participation annuelle forte & des parts sociales qui se valorisent.

Fabien-Pierre NICOLAS 18/06/2007 11:51

C'est clair, bien informé, bel article et j'attends avec impatience d'en débattre avec l'auteur du livre si possible.A date, il faut surtout éviter de retomber dans le discours de 1997 à 2002: "les intérêts vont converger grâce à l'actionnariat salarié" mais bien aider une vraie démocratie d'entreprise à émerger grâce à cet actionnariat salarié.