Le travail de tous fait-il la richesse de chacun ?

Publié le par Marc

Dans son intervention lors de l’Université d’été du MEDEF, Nicolas Sarkozy a trouvé une nouvelle et brillante formule choc: «le travail de tous fait la richesse de chacun » qui succède ainsi au « travailler plus pour gagner plus» de la campagne électorale.

Il faut avoir l’honnêteté de dire que ce discours confirme la grande habileté du chef l’Etat qui réalise aujourd’hui ce dont François Bayrou avait rêvé: rassembler des talents de gauche bien choisis auprès d’une majorité élue sur un programme de droite. L’hommage appuyé rendu à Jacques Attali confirme cette ambition au long cours.

Nicolas Sarkozy n’hésite pas dans les chefs d’entreprise réunis à Jouy en Josas à opposer un capitalisme d’entrepreneurs au capitalisme financier considéré comme prédateur.

N’hésitons pas à le dire, un certain nombre d’annonces ou d’affirmations rejoignent des propositions formulées par la gauche lors des présidentielles et défendues sur ce blog avec par exemple:

- La nécessité d’une croissance plus forte «il nous manque un point de croissance» lequel point qui n’a pas manqué sous le gouvernement Jospin, politique de la demande quand nous tiens...

- Le besoin d’accroître le pouvoir d’achat des Français et d’un indice de prix irréprochable comme le proposait S. Royal

- La nécessité de gagner la bataille de l’intelligence dans l’économie globale

- La volonté de favoriser le goût d’entreprendre

- Le choix réaffirmé d’une stratégie industrielle et agricole

- La nécessité d’une réciprocité entre l’Europe et le reste du monde dans les échanges

- La mise place d’un Small Business Act à la française que nous recommandions et qui figurait dans le Pacte présidentiel

- Le besoin d’un parcours professionnel sécurisé qui là encore était au cœur du discours de S. Royal

On ne demande qu’à le croire sur ces objectifs et nous ne serons pas de ceux qui lui feront un procès d’intention à priori. Toutefois peux-t-on penser une seule seconde que les mesures votées ou annoncées par le gouvernement sont de nature à faire du » travail de tous la richesse de chacun ?
 

- L’allongement des horaires de travail par les heures supplémentaires donnera-t-il du travail aux chômeurs ?

- La suppression des impôts sur les successions profitera-t-elle à tout le monde de la même manière ?

- Les nouveaux allègements de charge prévus ne vont-ils pas creuser la dette de la France et le déséquilibre budgétaire ? On pourrait ici multiplier les exemples ... L’appel à la volonté des entreprises pour investir, accroître le pouvoir d’achat, lutter contre la fraude fiscale sera-t-il entendu ?

L’intention est bonne, sa présentation est habile mais comment penser que l’accroissement des inégalités tant de revenus que patrimoniale permettra de réaliser cette maxime d'apparence évidente ? Gageons que l’habilité ne suffira pas et nous aurons l’occasion d’y revenir.

Publié dans tribune libre

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marc 02/09/2007 11:07

Merci pour ces remarques, d'accord pour ceuser la question des inégalités , vrai débat.Quant aux 35 heures elles posent la question des réponses générales ( contraintes souvent par la rigidité du dialogue social en France) à de besoins  de plus en plus différenciés voire individualisés. 

Arthur HIDDEN 01/09/2007 16:54

Ce texte est intéressant mais je nesuis pas convaincu par les deux premiers des trois commentaires finaux qui me paraissent trop lapidaires.Le premier pose la question du temps de travail et de son partage.La gauche porte comme une croix l'histoire des trente cinq heures. Cette fausse bonne idée a profondément déséquilibré le système économique français. Nous avons cru que les trente cinq heures en France déclencheraient un mouvement général en Europe. Tel n'a pas été le cas. Elles ont augmenté la pression de travail et rendu très difficile l'organisation du travail. C'est une mesure qui n'a finalement eu que des effets arithmétiques de court terme. Il faut maintenant trouver le moyen d'en sorir.Le deuxième tiret ne me semble pas non plus très convaincant. La question n'est à mon avis pas celle de l'égalité stricte. Ce qui est extrèmement discutable, et d'un point de vue de gauche absolument inadmissible c'est le fait que toutes les esures de type fiscal (sauf la détaxation des heures supplémentaires) s'adressent à une couche très étroite de la population.Le pari de la création avec ces recettes d'une dynamique de croissance qui bénéficierat à tous est un  pari risqué. Les couches bénéficiaires ont plus de propension à épargner qu'à accroître leur consommation. L'augmentation de la dette dans ces conditions ne peut être endiguée que par une réduction des dépenses publiques alors que les besoins pour moderniser la société française sont majeurs: éducation, justice ...C'est là que le bât blesse. NB: L'opinion que j'exprime sur les trente cinq heures mérite évidemment débat! Il faudrait que ce débat ait lieu au PS.

marc 31/08/2007 08:06

Merci pour les remarques de forme, elles ont été corrigées.Pour en rester au fonds deux remarques:1/ Quand nous parlons de talents de gauche bien choisis, il s'agit évidemment de l'habileté consistant à sélectionner des personnalités populaires , voire emblématiques, sucsceptibles de se retrouver sur des ambitions personnelles ou collectives de réalisation faute de repères suffisants à gauche. 2/ Quant à la reprise de propositions formulées par la gauche lors campagne présidentielle elles sont nombreuses, mais l'essentiel reste vérouillé dans le cadre d'une stratégie de mises aux normes anglo saxonnes de notre pays  qui est la mission principale que s'est fixé Nicolas Sarkozy.