Commission Attali, le triple coup de Sarkozy

Publié le par Marc

Parvenir à faire dire ou faire par des hommes habituellement  classés à « gauche » ce que la droite appelle de ses vœux voilà qui relève de la prouesse et peut en dérouter plus un. Qu’on en juge, après Besson qui prône la TVA sociale, Bernard Kouchner qui vient au secours de Bush en politique étrangère, voici l’un des plus grands intellectuels français, ancien conseiller de Mitterrand, qui ouvre pleinement les vannes du libéralisme dans la distribution et veut mettre fin au principe de précaution.
Et oui, il faut y croire, grâce à la fin des lois Royer Raffarin limitant  l’implantation des grandes surfaces, à la suppression de la loi Galland qui interdit la vente à perte nous allons gagner 2 à 4% en terme de niveau de prix à la consommation et de 500.000 à un  million d’emplois. Après les 5% de croissance possible annoncés par Jacques Attali la cour des miracles est grande ouverte...

Il est utile de démonter un certain nombre d’arguments à l’emporte pièce évoqués dans les « Première propositions sur le pouvoir d’achat » dont neuf pages sont consacrées à la « libération de la distribution ».
 
L’échec de la loi Galland sur les prix est, certes, peu discutable. Conçue au départ pour défendre les petits producteurs contre la vente à perte des grands distributeurs elle s’est révélée être un effet d’aubaine encore renforcé par le passage à l’Euro (auquel il n’est pas fait référence dans le rapport Attali avec ses arrondis à la hausse) qui a permis de reconstituer et au-delà les marges de la grande distribution.
Toutefois, affirmer que 9,6 Mrds d’Euros, valeur de la totalité des marges arrières, auraient pu être totalement rendues au consommateur relève du tour de passe -passe et d’un manque de sérieux qu’on n’attend pas d’une commission aussi prestigieuse . En effet, le rapport fait complètement l’impasse sur les fonctions qui sont derrière les marges de distribution qui ont un coût en reprenant sans précaution aucune l’argument avancé par un distributeur de grand talent ME Leclerc. 

En autorisant à nouveau la vente à perte, on veut relancer la guerre des prix en surévaluant fortement l’effet pouvoir d’achat d’un telle mesure surtout si l’on tient compte de la hausse massive du prix des produits agricoles de base. Car les MDD et premiers prix sont en net (sans marge arrière) et eux vont fortement augmenter sous l'impact de la hausse des matières premières.
Quant aux lois Royer et Raffarin , dire qu’elles n’ont guère protégé le petit commerce est recevable , mais ce diagnostic n’autorise pas à projeter mécaniquement une hausse potentiel de l’emploi «non délocalisable» à hauteur de 500.000 à 1 M. comme indiqué dans le rapport ce qui relève de la pure fantaisie. On retrouve ici l’un des arguments corporatiste de la grande distribution qui oublie que la création d’emplois s’accompagne de pertes d’emploi dues aux concentrations et aux compressions d’effectifs liés à la compétition par les coûts. Dans ses périodes fastes le commerce crée environ 30.000 emplois nets par an, le ralentissement ramène ce chiffre a 20000 emplois créés, on voit mal comment la libération parviendrait, envisagée,comme par miracle, aux chiffres annoncés. 

Plus discutables encore sont les comparaisons avancées avec les Etats-Unis et l’Allemagne. Ainsi en est-il du critère d’intensité du travail au m2 qui serait beaucoup plus fort en France qu’aux Etats-Unis, argument qui fait totalement l’impasse sur un coût du foncier et de la construction beaucoup plus faibles aux USA qu’en France. Certes, la distribution américaine est plus « labor intensive » mais au prix d’une précarisation plus grande des emplois et d’une quasi absence de guerre des prix.
La comparaison avec l’Allemagne pays où la part de marché des maxi discompte est de 30% contre 13% en France ne vaut guère d’avantage puisque cette différence s’explique par le poids des hypermarchés dont la capacité à vendre à prix bas  sur une gamme beaucoup plus vaste est également passée sous silence. Quant au freinage de l’innovation dans la distribution en France au regard des USA , limitée dans le rapport aux seules technologies de l’information, leur cause est autant due aux manques de moyens des PME qu’au malthusianisme des grands distributeurs comme le montrent les enquêtes effectuées par L’INSEE en France.

De fait, on a fortement l’impression en parcourant ce rapport qu’il s’agissait d’en faire plus dans la surenchère néolibérale dans le vent avec une argumentation assise sur les postulats le lobbying du grand commerce.
Pour faire bon poids le rapport préconise de limiter les conséquences de ces choix par le recours aux abus de position dominante des enseignes au niveau local dans des conditions non précisées et par le recours possible à des actions de groupe de consommateurs. On voit qu’il s’agit ici d’utiliser des instruments de pression, qu’on ne peut exclure à priori, mais qui tendent à aligner les pratiques françaises sur celles des pays anglo saxons notamment ce qui ne peut que satisfaire les avocats fortement représentés dans le gouvernement actuel.
 
Au total, si il y a rupture, c’est bien dans le sens du néo libéralisme ambiant avec un tromperie sur l’impact des mesures tant sur l’emploi que sur le pouvoir d’achat.

Publié dans réflexion groupe

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John_G 18/10/2007 14:44

Bonjour à tous, excellent article qui démonte la prétendue gigantesque avancée que serait l'abrogation du fameux tryptique législatif. En outre, quand Attali est interrogé sur la façon dont il conviendra de protéger le petit commerce, il en revient grosso modo à souhaiter une nouvelle loi Royer-Raffarin.Puisque votre article est suffisamment complet, je me suis pour ma part attelé à une description plus générale du pré-rapport que Attali nous a concocté et je renvoie vers le vôtre concernant l'aspect distribution sticto sensu.N'hésitez pas à dire ce que vous en pensez : http://ps-scpo.over-blog.com/article-13154304.htmlAmitiés,