Avons nous besoin d'une nouvelle vague d'émigration ?

Publié le par FP NICOLAS


Au moment où plusieurs affaires de sans papiers travailleurs
défraient la chronique, on entend désormais de plus en plus ouvertement le MEDEF réclamer, avec l'aide de plusieurs députés UMP, une réouverture massive des flux migratoires pour répondre à des "secteurs en forte tension".

Disons le tout net, cette approche me semble dangereuse et irresponsable pour deux raisons: les millions de sans emplois et sous employés actuelles sur notre territoire tout d'abord et le fait que cela empêcherait toute réflexion par les acteurs économiques de ces secteurs "en tension".

En effet, si le taux de chômage français a désormais atteint 7.5%, nous sommes encore loin des 4.5% de plusieurs grands pays développés. Mais si on ajoute à cela le "chômage caché", c'est à dire le sous emploi de personnes qui souhaitent travailler à plein temps, c'est encore plus de 3 M. d'emplois à temps plein qui "manquent" au marché français du travail. L'opportunité de rajouter à l'équation 1 M. de travailleurs étrangers en plus des flux migratoires actuels (un solde migratoire positif autour de 200.000 personnes par an) est donc loin d'être évidente.

Ensuite, ces secteurs en tension (BTP, hôtellerie, restauration...) feraient l'économie de nécessaires discussions tripartite à la fois sur les rémunérations mais aussi sur les conditions de travail désastreuses dans une grande partie des PME et des grands groupes qui la compose. Prenons le BTP: la différence de salaire entre un couvreur, qui risque sa vie et sa santé, et celle d'un télé-conseiller ne peut en aucune manière justifier le choix du premier poste. De même, la condition de manoeuvre s'est dégradée au lieu de progresser dans la lignée de celle des ouvriers spécialisés de l'automobile.

En revanche, il semble urgent et nécessaire de légaliser des dizaines de milliers de travailleurs clandestins qui pourraient ainsi cotiser à nos systèmes sociaux tout en retrouvant une sécurité et une dignité humaine qui corresponde à celle que propose une démocratie moderne.
Le fameux "appel d'air" ne serait en fait qu'un mythe si l'on examine deux études récentes menées en Italie et en Espagne où des régularisations massives (400 et 500.000 personnes) n'ont pas vu augmenter le flux d'émigration clandestine.

Publié dans tribune libre

Commenter cet article