Le syndicalisme, base de la démocratie participative

Publié le par François CHARPENTIER

L'Organisation Internationale du Travail, dans sa déclaration de 1948, définit les syndicats comme des "associations de travailleurs ayant pour but de promouvoir et de défendre leurs intérêts".

I) Le constat

De tous les pays développés, la France est celui présentant le plus faible taux de syndicalisation, alors qu'elle a aussi un des taux de couverture conventionnelle le plus élevé :

la part des salariés couverts par une convention collective est supérieure à 90 %. C'est une spécificité française où les organisations syndicales négocient des avancées pour l'ensemble des salariés et non pour leurs seuls adhérents, différence essentielle avec d'autres pays comme par exemple le Danemark, la Suède, la Belgique où certains avantages sociaux  sont réservés aux syndiqués. La comparaison des taux de syndicalisation entre pays n'a donc de sens qu'en y associant les prérogatives attribuées aux syndicats.

Une estimation de ces taux de syndicalisation par rapport à la population active s'établit autour de : Danemark 88 %, Suède 82 %, Finlande 79 %, Belgique 69 %, Italie 55 %, Grande Bretagne 30 %, Allemagne 28 %, Pays-Bas 27 %, Etats Unis 17 %, France 8 % (15 % dans le secteur public, 5 % dans le secteur privé).

Compte tenu des retraités et des chômeurs – environ un syndiqué sur cinq – les syndicats français regroupent des effectifs estimés à 2,4 millions de personnes. En France, l'écart entre le nombre de salariés syndiqués et le nombre de salariés représentés, dans leur entreprise ou établissement, par un syndicat, n'a jamais été aussi important; la participation des personnels aux élections professionnelles étant d'environ 46 %. Près de la moitié des salariés d'entreprise, ceux qui exercent dans des PME de moins de 50 salariés, sont privés de toute représentation syndicale. Pourtant, les sondages montrent que la majorité des citoyens estiment nécessaire l'existence des syndicats.

Comment  en sommes-nous arrivés à cette situation paradoxale, où en France, alors que progresse l'élévation du niveau d'éducation, les salariés ne s'engagent pas plus dans le syndicalisme au sein de  leur établissement ou entreprise ?

Allons-nous continuer cette spirale infernale et destructrice de la société qui généralise le principe de la compétition entre individus, et installe cette soi-disant culture où l'on ne s'épanouit que dans la performance individuelle, induisant la rivalité avec les autres ? Pourquoi chacun d'entre nous ne cherche-t-il pas, et collectivement au sein des syndicats, ne cherchons-nous pas, à maîtriser le destin qui n'est en rien une fatalité ?

II)La situation.

Naguère, les syndicats représentaient une force collective de changement, d'émancipation, et dans tous les cas avec un objectif d'une vie meilleure que celle du passé. Le syndicalisme, phénomène social, vivant et dynamique grâce à ses nombreuses sections locales de base sur le terrain, semble maintenant s'effacer pour aller vers un syndicalisme de professionnels, certainement plus par obligation que par volonté, pour conserver leur rôle institutionnel auprès du gouvernement; mais aujourd'hui, les faibles nombres d'adhérents ne permettent pas aux syndicats de peser réellement sur les décisions des pouvoirs politiques. Et ce, d'autant plus que la légitimité des syndicats à représenter l'intérêt général des salariés est mise en doute par l'apparition de multiples associations, collectifs et organisations parlant au nom des sans papiers, des jeunes, des chercheurs, des femmes, des immigrés, des exclus du logement, etc.. 

Pourtant, syndicats et gouvernement semblent très bien se satisfaire de cette situation, apparence de dialogue social, mais ne répondant pas aux aspirations exprimées par la base. Et jusqu'alors, bien peu de propositions fortes et concrètes étaient apparues pour promouvoir vraiment le syndicalisme, et cela quelle que soit la "couleur politique" du gouvernement !

Qui a peur de syndicats forts ?

III) Un nouveau syndicalisme de masse pour une démocratie participative.

Nous sommes un pays démocratique; la démocratie c'est la parole, c'est permettre à chacun de s'exprimer, et plus que les institutions ce sont les possibilités et les facilités d'expression qui seront les indicateurs positifs d'une véritable démocratie, que ce soit dans le cadre de l' activité salariée ou dans la vie citoyenne.

Dans ces deux situations, le travailleur et le citoyen n'ont aucune obligation d'adhérer à quoi que ce soit, syndicat ou parti, ni même de leur apporter leur soutien; dès lors on voit bien  que  chacun a les mains libres mais sans poids réel, le gouvernement fait ce qu'il veut mais sans l'appui des citoyens, d'où les débordements graves récents, et les syndicats peuvent au mieux contester sans vraiment répondre avec succès aux aspirations de leurs syndiqués.

Cependant, la crise du syndicalisme n'est aucunement la crise des centrales syndicales dont le pouvoir relatif se serait plutôt renforcé, car peu de politiques publiques s'élaborent sans elles, du fait de leur supposée capacité de blocage. Nous assistons plutôt à une véritable "pathologie" du désengagement des citoyens salariés, refusant de prendre position sur les sujets les concernant directement dans leur vie quotidienne, pour leur avenir et celui des générations futures; cela est extrêmement grave pour notre société démocratique.

Chaque citoyen ou salarié peut et doit donner son avis sur tout sujet, mais cela impose aussi que les institutions ou organisations doivent le lui demander : c'est la démocratie participative.  

Cette première étape de participation au sein de syndicats serait évidemment bénéfique pour une attitude similaire dans la vie citoyenne; prendre position, prendre parti, se déterminer pour un mode de société souhaitée nous ramènera vers une communauté solidaire, soudée autour de l'idée de république.

Nos institutions françaises sont basées sur une représentation issue d'élections directes (président, députés, conseillers régionaux, généraux, municipaux) et au deuxième degré par des grands électeurs (sénateurs), cette démocratie représentative ne suffit plus aujourd'hui, il est impératif de lui adjoindre un système participatif des citoyens aux décisions.

Les syndiqués élisent leurs représentants dans les instances locales et nationales, qui définissent les orientations du syndicat lors de leur congrès. Ce sont donc les syndiqués, adhérents volontaires, qui élaborent et décident de la politique syndicale à mener pour leur organisation, c'est bien dans le sens de la base vers le haut et non pas l'inverse. Mais là aussi, cette représentation est insuffisante car une trop faible partie des salariés sont impliqués.

C'est pourquoi j'ai la conviction  que nous n'arriverons à un réel fonctionnement démocratique de notre société, qu'en imposant quelques règles contraignantes – il n'y a pas de liberté sans contraintes - telles que le vote obligatoire à toutes les élections, consultations, référendums - y compris les élections professionnelles - et l'adhésion obligatoire  (ou au moins le soutien déclaré officiellement)  à un syndicat pour les salariés.

Ces dispositions conduiront à responsabiliser l'ensemble des citoyens, pour construire une société humaine.
Qui a peur de la démocratie participative ?
Et comme tout progressiste, j'espère pour ce qui va être...

L'auteur: François CHARPENTIER était Ingénieur de recherche au CNRS, Chargé d'enseignement à l'Université Paris-Sud XI–Orsay  et Secrétaire National du SNPTES, syndicat de l'UNSA Education.

 

Publié dans tribune libre

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citoyen75015 31/05/2008 23:50

Où votent-on dans le syndicalisme sauf à l'occasion des Congrès, une fois tous les 3 ans !Dans  la démocratie participative, il y a le mot "vote" et je cherche vainement "la participation "des salariés par un vote dans le syndicalisme où règne encore le centralisme démocratique.Que l'on respecte déjà "la démocratie participative institutuionnelle" du référendum auquel tient le peuple (cf le CEVIPOF).A quand des référendum syndicaux ?

Véronique 29/05/2008 16:05

L'individualisme mettre mot de notre société. Chacun pour soi donc cela va en l'encontre du collectifs.