Pour un nouveau système économique porteur de progrès et respectueux de nos valeurs

Publié le par Régis Estace

On constate aujourd’hui dans les sociétés occidentales industrialisées la primauté de l’Economie. Sujet majeur, l’Economie englobe pêle-mêle le travail, le chômage, la petite entreprise, la multinationale, le profit, les salaires, les syndicats, la bourse, le droit du travail, le mécénat, les retraites….
Il y a une transversalité presque illimitée de l’Economie à laquelle par conséquent tout semble subordonné. Et il y a effectivement un sentiment très fort de la majorité des citoyens de subir les impératifs économiques plutôt que de les dicter.
Une impression que tout s’organise, se construit, se propose autour de « la chose économique ». Plus grave, l’impression que cette dernière n’est plus synonyme de progrès mais annonce au contraire un futur dont on ne veut pas. Au delà des échanges de base (salaire contre travail, travail contre salaire, investissement contre dividende), l’organisation actuelle de la production de richesse et de sa répartition semble en contradiction avec notre devise, avec la société souhaitée par les français et un projet politique de gauche.
 
Que souhaitons-nous en tant que citoyen?  
 
Si « l’on vit mieux qu’il y a 50 ans », si « la condition de l’ouvrier et de l’employé s’est améliorée », si « on peut être passionné par son travail », on ne doit pas perdre de vue les objectifs que s’est fixé notre nation : la liberté, l’égalité, la fraternité.
Notre devise (attention à ceux qui en propose une autre…) doit impérativement redevenir le point de départ de toute réflexion de politique économique. Il ne doit pas y avoir d’autre impératif que continuer afin de transmettre à nos enfants un pays qui portera en lui les bases d’un futur meilleur. Il ne s’agit pas de constater le chemin parcouru et de s’en gargariser, il s’agit de se demander quel chemin s’ouvre à nos enfants étant donné les choix et tendances économiques actuelles. 
 
Qu’avons-nous ?  
 
L’échec du modèle marxiste et l’abandon progressif de Keynes et de l’interventionnisme ont laissé un seul modèle : le libéralisme.
Inutile de tomber dans la caricature des termes d’ultra libéralisme ou de capitalisme sauvage, le libéralisme est une théorie et il suffit de rappeler ce qu’elle dit pour comprendre. C’est une théorie qui prône que le système d’économie de marché a ses propres lois d’auto régulation qui doivent mener aux grands équilibres macro économiques ( plein-emploi, équilibres des budgets etc…).
La déréglementation (avec souvent en toile de fond le prétexte de liberté d’action) est donc à appliquer partout. Le libéralisme est certes plus ou moins développé selon les pays et les secteurs mais il y a un fait indiscutable, c’est qu’il progresse partout sur la surface du globe. Par exemple, l’OMC vise à abattre les frontières, à déréglementer et permettre à l’initiative privée d’occuper des champs autrefois réservés à l’état.
Certes l’entreprise privée peut tout faire mais il faut aussi rappeler son but pour comprendre ce qui s’est généralisé : la maximisation du chiffe d’affaire sous contrainte de coût, la maximisation du profit.
Si cette recherche est tout à fait légitime du point de vue de l’entreprise, il faut s’interroger quant à l’addition de ces maximisations. Le cumul des objectifs privés est-il synonyme de bonne santé économique de la société ? La bonne santé économique serait-elle suffisante pour toujours mieux respecter et transmettre notre devise ?
Depuis trente ans, déréglementation, chômage et « pertes des valeurs » croissent de concert.
Et lorsqu’on rappelle que notre société s‘éloigne davantage qu’elle ne se rapproche des buts qu’elle s’est fixé, « les pragmatiques réalistes» balaient l’argument comme négligeable et dépassé! 
 
Qu’est-ce que le système économique actuel annonce
 
Est-ce que le système actuel et le contexte international vont nous permettre de continuer de progresser ou allons-nous régresser voire chuter ? Que va-t-il se passer en France ? Que va-t-on voir progresser à l’avenir ?
La culture d’entreprise, les fast-food, l’obésité, les bénéfices des entreprises, les délocalisations, les licenciements, le nombre de poste TV par ménage, l’individualisme, le communautarisme, le matérialisme, le nombre de milliardaires, le nombre de sans-abris, l’exclusion, le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme ou la liberté, l’égalité, la fraternité, le progrès technique, la culture, l’éducation, le progrès social, la santé, l’environnement et cette capacité, cet engouement à retrouver, à observer et à transmettre le sens profond de la déclaration universelle des droits de l’homme.
 
Si certains pays choisissent une voie, sommes-nous contraints de choisir la même ?
 
Prenons un immeuble : les voisins ont-ils tous la même façon de gagner leur vie ? La même façon de dépenser leurs revenus, la même façon de répartir une partie de ces derniers entre les membres de leur famille ? Ont-ils les mêmes convictions, les mêmes croyances, les mêmes habitudes, la même façon de se comporter en privé? Non, bien sûr !
Pourtant, on ne doutera pas que, dans le même temps, tous ces habitants se sentent étroitement liés entre eux et solidaires lorsqu’il s’agit de questions générales qui touchent au lieu qu’ils partagent (l’entretien de l’ascenseur, la propreté des locaux, le respect et l’entraide mutuels etc..)
Il doit être possible d’élaborer, de parfaire et de promouvoir une vision de développement française- voire européenne (malgré les différences entre pays européens)- alternative à la dynamique d’uniformisation à laquelle nous assistons et qui nous inquiète pour ne pas dire qui nous effraie.
Une nation n’ayant comme principe que l’efficacité économique et comme obsessions de répondre aux injustices que ce principe entraîne est vouée à la disparition car ce type de nation n’aura bientôt plus rien à transmettre.
L’impératif de profit seul ne peut pas remplir les missions que doit se donner un peuple vis à vis de lui même, des autres nations et des générations qui lui succèderont.
 
Le peuple est conscient des maux qu’entraîne le libéralisme ou les décisions à caractère libéral mais il continue de subir les faits de façon tout à fait incompréhensible.
La pression du chômage est sans aucun doute l’explication majeure de cet immobilisme.
 
La pression constante du danger de chômage
 
Depuis 30 ans on a assiste à une succession de mesures ponctuelles contre le chômage sans jamais remettre en cause le système de production et de répartition des richesses. 30 ans… presque une vie professionnelle !
Avec un contexte européen et une OMC qui vise à toujours plus libéraliser l’économie, les résultats sont catastrophiques et on peut malheureusement prédire que cela va s’aggraver même si on assistera à des améliorations de nature cyclique.
Il y aurait un parallèle à faire entre un chômage aussi élevé aussi longtemps et la guerre (comme outil de pression) dans 1984 (le roman d’Orwell). Car si le chômage est devenu une obsession (ce que l’on comprend par ailleurs), il est aussi une immense source de pressions.
L’obsession du chômage a premièrement entraîné une focalisation extrême des gouvernements successifs au détriment de d’autres questions de société qui auraient pu éventuellement fournir une réponse au chômage, du moins apporter des pistes alternatives à un combat frontal et aux solutions de court terme.
Deuxièmement le chômage a permis des abus massifs. En vingt ans on a assisté à une multiplication scandaleuse des emplois sous-payés (tuc et ses descendants de réinsertion, stages etc…).
La pression constante du danger de chômage a également permit de persuader les salariés d’identifier toujours davantage leur vie à leur vie professionnelle et d’oublier le reste.
Pourtant une simple grève généralisée le montre de manière assez évidente et efficace : l’entreprise existe par ses employés et non l’inverse. Si la grève persiste l’entreprise fait faillite et n’existe plus. Un chômeur peut encore vendre ses compétences ailleurs ou s’organiser avec des collègues licenciés en mode de production alternatif.
A une époque où il y a plus de 2 millions de chômeurs, pour ceux qui ont un travail l’obsession est de le conserver quelques soient les concessions. Pour ceux qui sont au chômage, l’obsession est de retrouver un travail. Donc on comprend qu’il n’y a pas de temps, de disponibilité d’esprit pour penser à autre chose.
Pourtant nous espérons encore que la nation française, le peuple de la révolution, des droits de l’homme, des lumières, celui qui a construit l’Europe autour de son amitié pour son ancien ennemi, a un besoin impératif d'entreprendre autre chose que ce qui est nécessaire à sa simple survie !
 
Ne plus rechercher des solutions ponctuelles mais réinventer un système.
 
Il ne s’agit pas de trouver des solutions qui seraient des copies de celles mises en place dans des pays qui fonctionneraient mieux que le nôtre ( à y regarder de plus prés ils ne fonctionnent pas si bien que cela !) il s’agit d’inventer une pensée économique résolument audacieuse et nouvelle.
Les privatisations d’entreprise, le travail le dimanche, les salaires bloqués, le pouvoir d’achat en chute libre, l’explosion de la pauvreté, les naufrages de régions entières, la crise du logement nécessitent de trouver non pas des solutions mais un nouveau système économique viable, qui motiverait toute la nation parce que porteur de progrès et respectueux de nos valeurs.
 
Le défi est de tenir compte à la fois du système d’économie de marché et de nos engagements internationaux tout en adaptant ce système à notre convenance pour l’intérêt général.
Aussi, il y a une réelle nécessité de la part de l’état, de se réapproprier des pans entiers de l’économie afin de pouvoir utiliser ces derniers comme canaux de dispersion d’une nouvelle « mentalité économique ».
A ce titre, l’élection présidentielle de 2007 est une occasion unique de changer de cap. La France peut inventer un système économique alternatif et montrer une nouvelle voie. Elle en a envie et elle en a les moyens.
 
Quelques propositions ou pistes de réflexions :
 
 
1) L’Etat investisseur pour influer sur l’organisation économique de demain
 
S’appuyer sur les services publics nationaux existants pour créer des services publics européens ayant valeur d’exemples et de preuves de la possibilité d’un nouveau type d’entreprise en terme de qualité de service, d’efficacité et de « citoyenneté » (conditions de travail, respect de l’environnement, etc…)
 
2) L’actionnariat populaire organisé et représenté par l’Etat.
 
Création par l’état de structures juridiques (modèle juridique à inventer) regroupant des petits porteurs d’actions d’anciens services publics ou de d’autre société afin de constituer une entité qui pourraient peser lors de prises de décision.
Le but étant de faire passer une éthique de service public dans l’entreprise privée (environnement, santé, qualité des conditions de travail, etc…) et de se prémunir contre des décisions qui vont manifestement à l’encontre des intérêts du plus grand nombre.
 
3) Prise de participation de l’état en échange des aides allouées
·          Aide à la création de projets privés originaux
·          Aide à la création de projets privés s’inscrivant dans un programme d’Etat (développement d’un secteur, d’une filière, sauvetage d’une région sinistrée)
·          Exonération de charges pendant une certaine durée
·          Aide au respect d’une charte (par exemple respectueuse de l’environnement)
 
En échange de :
·          Prise de participation de l’Etat dans le capital de l’entreprise aidée
·          Réfléchir à une forme juridique originale
·          Possibilité pour l’état de constituer des agglomérats à partir de ces sociétés selon une dynamique régionale ou sectorielle.
·          Ouverture d’une partie du capital de l’agglomérat aux personnes physiques, sur un marché boursier spécifique, avec des règles spécifiques (impossibilité de vendre ou acheter plus d’un certain nombres d’actions – impossibilité de détenir plus d’un certain pourcentage d’actions)
 
4) L’état moteur de croissance :
 
Le progrès technique est générateur de révolutions industrielles et de croissance. Il faut évidemment payer les chercheurs en conséquence, retenir ceux qui veulent partir et attirer les chercheurs étrangers.
L’état doit jouer un rôle majeur dans la recherche fondamentale et appliquée de demain en interdisant toute concurrence entre recherches privée et publique et en unifiant les fonds publics et privés grâce à des pôles de recherche d’économie mixte ultra performants.
 
Relance concertée de la consommation au niveau européen
Trouver des mesures qui permettent de garantir des destinations précises aux sommes allouées aux ménages.

Publié dans réflexion groupe

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nigla 01/08/2010 18:51





Bonjour,


Une alternative économique est aujourd'hui diffusé par un bras de communication appelé mouvement zeitgeist. Cette nouvelle économie s'appelle l'économie basée sur les ressources qui a été
inventé par le projet Venus. Je vous invite à vous renseigner sur les raisons pour lesquelles notre économie monétaire est à bout de souffle et se retrouve complètement dépassé par nos
capacités actuelles. La monnaie était utile lorsque nous vivions dans un environnement ou il y avait la pénurie et la rareté afin de réguler les stocks, aujourd'hui nous créons volontairement
la rareté (artificiellement) pour engendrer le profit. Il est tant de mettre à jour notre économie avec nos connaissances actuelles sinon nous allons mal finir.





marc 20/01/2007 16:46

Article très intéressant et ambitieux au meilleur sens du terme. On ne peut qu’approuver la volonté dans la première partie de rechercher pour la gauche un nouveau corps de théories économiques après l’échec du  marxisme et les le limites du  keynésianisme  en partant d’une démarche citoyenne.
Encore faudrait –il procéder dès cette partie à un examen critique des concepts d’économie sociale de marché inventé semble—t- il par les allemands et des idées autogestionnaires qui firent fureur dans les années 70 du siècle précédent.
La seconde partie pose le principe d’un rôle nouveau de l’Etat comme une sorte de capital risqueur permanent au service des créateurs et développeurs d’entreprise et garant de l’intérêt général ? Encore faut-il préciser, quel Etat,  à quel niveau, pays , région, bassin d’emploi ? pour quoi faire ?
Comment palier les inconvénients bien connu de l’Etat, rigidité, bureaucratie ?
De plus il serait bon d’examiner les expériences déjà en place et qui se profilent notamment au niveau des régions dirigées par la gauche.
Que devient le rôle du marché dans ce schéma ? Comment ouvrir cette démarche sur l’international ?
On ne peut qu’encourager Régis à approfondir ces points avec une démarche de citoyen ne réservant pas l’économie à quelques experts internationaux mais en faisant un élément de la démocratie participative que nous appelons de nos  souhaits

 

régis estace 20/01/2007 13:34

Cher PY,
 
Tu penses que l'état n'est pas fait pour investir et tu cites deux exemples. C'est trop court et cela repose davantage sur des idées reçues plutôt que sur une réalité.
 
L'état est loin de tout rater. Il me semble bien que pendant de longues décennies on a pu, entre autres, profiter d'une couverture sociale, toucher une retraite, on a reçu son courrier et on s'est déplacé en train dans des conditions plus qu'acceptables.
L'état a raté des choses ? Certainement mais n'y a-il pas des ratages (et bien pires) chez les entreprises privées ?
Quand elles licencient des employés après trente ans de loyaux services parce que la délocalisation permet de réduire les coûts ? Quand, pendant le marasme argentin, les investisseurs abandonnent le pays laissant sur le carreau des millions d'employés (au passage "Certains salariés ont alors décidé de se fédérer pour relancer eux-mêmes ces entreprises, pilotées selon un principe de démocratie directe. Trois ans plus tard, plus de 1.700 entreprises autogérées par les salariés sont en activité en Argentine." le journal du management http://management.journaldunet.com/0504/050479klein.shtml )
Quand des entreprises pétrolifères ravagent des régions entières en amazonie.
Quand une entreprise veut convaincre des agriculteurs d'acheter ses semences génétiquement modifiées pour résister à son propre insecticide, quand ces semences envahissent des champs d'agriculteurs qui les ont refusées, quand des sbires de cette entreprise viennent inquiéter ces agriculteurs parce qu'ils ont les semences sans les avoir payées!!!
Ce n'est plus un ratage économique, c'est de l'absurdité totale.
Quand pour des raisons de coût encore, on affrète des cargos pourris qui a la première grosse tempête recouvrent des centaines de km de côtes de mazout? (en bretagne, en alaska etc...) ou laissent couler au fond de la mer des milliers de tonnes de déchets toxiques?
Quand quotidiennement certaines entreprise privées polluent dans l'ombre au plus grand mépris de la population?
Quand des grandes entreprises agroalimentaires fournissent de la viande impropre à la consommation à des fabricants de corned beef ?
Ce ne sont plus des ratages, c'est l'absolutisme du profit et la négation profonde du bien commun.

Et je pourrais écrire 100 pages de "ratages privés" mais je crois que tu les connais aussi bien que moi.
 
Abandonnons ici les idées recues et croyons au contraire en un état créateur de valeurs (réparties justement) économiquement efficace et ayant valeur d'exemple, militons pour des entreprises privées capables de citoyenneté, imposons une dynamique privé-public.
Je pense qu'un système d'économie mixte est une réponse possible pour imposer un nouveau mode de production et de répartition des richesses dégagé des déviances qu'une politique libérale entraîne et qu'une véritable politique économique de gauche empêcherait.


Les organismes d'intérêt général auraient définitivement un rôle à jouer dans ce système rénové mais ils seraient insuffisants pour changer les choses en profonfeur.
L'état investisseur m'apparait donc comme une nécessité absolue et la création de sociétés d'économie mixte performantes auraient valeur d'exemples et d'étalons pour les entreprises futures, si bien entendu notre désir est de changer les choses au dela de l'unique logique de maximisation du profit.
Et pour rebondir sur ton excellente contribution, je t'assures qu'il y aurait beaucoup plus de démocratie dans la prise de décisions dans une société ou l'état serait actionnaire. Il y en aurait plus parce que cela ferait justement partie des impératifs de la société d'économie mixte que l'état définirait au prélable.
 
Enfin sur la question de l'actionnariat salarié, l'actionariat populaire il faut l'organiser pour qu'il soit capable de pressions et l'état doit y avoir son rôle.
 
Bien à toi

Régis

PY 20/01/2007 11:13

Merci Régis pour cette contribution que je trouve très intéressante. Il s'agit bien de réinventer un système.Je ne suis pas très d'accord avec le rôle que tu veux attribuer à l'Etat. Je ne trouve pas que ce soit un très bon actionnaire: il a raté pas mal de choses: Bull, Crédit Lyonnais ...^
De plus il n'a plus les moyens humains et risque de manquer de réactivité ou de connaissance des domaines où ol devrait interbenir si on lui donne un rôle large. Il y a aussi le risque de paperasserie envahissante.
Il me semble que des organismes à but d'intérêt général: banques de micro-crédit, mécanismes d'amorçage,... avec des bonifications de l'Etat ou des collectivités locales pourraient être créés à cet effet.Le débat commence...