Economie souterraine en cols blancs

Publié le par Martine

Il y a plusieurs orientations auxquelles je pense concernant tant le chômage, que le trou de la sécurité sociale, les retraites et le contrôle de l'immigration.

Dire que toutes ces difficultés ne peuvent être résolues que par "travailler plus pour gagner plus" ou donner encore plus aux entreprises afin qu'elles embauchent, me paraît ridicule ou démagogique, si on tient compte du fait que le patron n'a pas forcément d'heures supplémentaires à proposer et si à contrario il a plus de travail à proposer, ce système bloquant l'embauche de nouveaux salariés.

Depuis nombre d'années je clame à qui veut l'entendre que le travail dissimulé est en grande partie responsable de bien des maux, et je vois s'accroître le nombre d'entreprises (petites ou grandes) qui embauchent des travailleurs de manière de plus en plus précaire.

Durant ces années où on n'a eu de cesse de me répéter : "tu nous emm... avec tes pauvres", je suis enfin heureuse de voir qu'en quelques jours sont parus dans ma région 2 articles de journaux dénonçant ce fait, et "cerise sur le gâteau", le rapport  du Conseil des prélèvements obligatoires, qui vient de sortir aujourd'hui.

 En effet, je rappelle les chiffres :  

  • Fraude sur la TVA : 7 à 12 milliards d'euros
  • Impôts sur les sociétés : 4,6 milliards d'euros
  • Impôts sur le revenu : 4,3 milliards d'euros
  • Travail dissimulé :  6 à 12 milliards d'euros de manque à gagner
  • TOTAL: 30 à 40 milliards d'euros,quand le déficit budgétaire de la France est de 36 milliards d'euros...

Permettre à certains de passer outre les règles de solidarité, accepter qu'ils fassent fi des lois de la République et montrer du doigt les chômeurs n'est pas en phase avec la Déclaration de l'Homme et du Citoyen, ni avec notre devise "Liberté, Egalité, Fraternité".

 Je passerai sur les 3 premières fraudes, pour m'appliquer à essayer de démontrer comment le travail dissimulé met en danger l'équilibre de la solidarité dans notre pays :

1°) Le chômage : Il est évident, puisque

- Un patron qui embauche "au black", ne paie pas de charges sociales et son employé non plus

- Le patron et son employé profitent d'un système au détriment de la solidarité tant au niveau des retraites que de la sécurité sociale

- Concurrence déloyale envers les patrons qui respectent les règles.

- Déséquilibre dans le rapport emploi-salarié, dans le cadre de l'embauche des Rmistes ou chômeurs, ayant des revenus insuffisants. Gain immédiat pour le salarié, mais perte future au niveau de sa retraite. Plus de difficultés pour les chômeurs de retrouver un emploi.

2°) Le contrôle de l'immigration : Il est tellement facile d'utiliser les services de personnes qui n'ont pas d'autres choix.

- Utilisation des plus précaires, qui n'ont aucune possibilité de se défendre. (Parfois, le travail terminé le salaire n'est pas payé!!)

- Pas de protection sociale, qui va entraîner en cas de maladie ou accident de travail, une prise en charge des soins, par la collectivité.

- Aucune base de salaire (pas de SMIC), et donc concurrence déloyale, envers les patrons comme envers les salariés.

- Pas de fiche de salaire, pas de reconnaissance sociale, aucune preuve pour une demande de régularisation.

- "Publicité" mensongère dans les pays tiers, faisant croire aux futurs migrants qu'ils pourront vivre décemment dans notre pays etc etc...

Cette délocalisation "inversée", sans bases et sans contrôle, met en danger l'ensemble des travailleurs, qu'ils soient nationaux ou immigrés et bascule le principe de solidarité qui a fait ses preuves durant des années.

Pourtant, le Code du Travail est explicite  Art. 324-9 à 324-15 et 341-6 et les suivants concernant la main d'oeuvre étrangère.

Je suis donc pour un contrôle drastique des entreprises permettant de débusquer cette "économie souterraine" en cols blancs, par la création soit par le biais de l'inspection du travail, soit par délégation soutenue aux forces de police et gendarmerie, d'une police de contrôle aux entreprises, afin de faire appliquer la moi.

Ces contrôles devant toucher plus précisément les patrons et non pas comme cela se fait actuellement, à savoir un contrôle sur les travailleurs étrangers qui souvent sont les seuls à payer la note (prison, expulsion)  et simplement une admonestation aux employeurs.

Publié dans tribune libre

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filaplomb 28/02/2007 07:09

J'ai toujours un problème avec les chiffres de la fraude. Fort logiquement, on ne peut pas chiffrer quelque chose qui n'apparait pas. Tout comme il est impossible de nombrer les sans-papier !Mais il n'en reste pas moins, et là c'est vérifiable, que les inspecteurs du travail ne sont pas d'un corps d'Etat en expansion ! :-)))La droite avait même proposé à l'Assemblée un texte qui mettait à responsabilité egale le travailleur au noir et le patron tricheur !

Fabien-Pierre NICOLAS 23/02/2007 12:08

Martine,
Déjà merci pour cette libre opinion ! Je te fais juste 2 remarques sur la forme car je suis d'accord avec toi sur le fond du problème.
1) Plutôt que "charges" sociales, je préfères cotisations sociales qui est à la fois le terme exacte et moins connoté négativement.
2) Enfin, plutôt que patrons, je préfères entrepreneur comme terme dans la logique de la "République du respect" que nous pronons...
Il y a 95% qui sont honnêtes et 5% qui ne respectent pas les règles (ou même moins) donc ne généralisons pas sur une catégorie sociale.