Quels emplois en France à l'horizon 2015 ?
La présente note s’appuie sur des documents récemment publiés concernant l’emploi et de la formation à l’horizon 2015[1].
Les projections sont faites [2] avec une hypothèse de croissance de 2% qui aboutirait à un taux de chômage de 7,5% en fin de période. Ces hypothèses font ressortir que, compte tenu de la structure de notre économie orientée vers les services, le rapport entre emplois créés et taux de croissance a augmenté, autrement dit il faut moins de croissance aujourd’hui qu’hier pour obtenir une baisse du taux de chômage. Néanmoins une simple extrapolation montre qu’un taux de croissance de l’ordre de 3% permettrait plus aisément d’atteindre le plein emploi sous réserve d’une meilleure adéquation entre l’offre et la demande de travail, adéquation qui est très loin d’être obtenue à ce jour et met en cause la formation et l’orientation professionnelle
Le départ en retraite de la génération du baby boom pèse pour 80% des postes à pouvoir 6,6 millions de départs entre 2002 et 2015 dans l’hypothèse d’un âge de départ moyen de 59 ans en 2015) . Ce qui veut dire que sans une politique volontariste notamment dans les activités de pointe et de proximité on se contente de remplacer en grande partie les flux de départs à la retraite. (voir les propositions du groupe de travail PS12)
Le second résultat important de ces études met en évidence la polarisation croissante entre emplois très qualifiés et emplois très peu qualifiés qui risque d’accroître encore plus la fracture sociale
D’une part, les entreprises auront besoin d’un encadrement croissant et de techniciens de haut niveau (cadres administratifs et marketing commerciaux, informaticiens) qui rend plus que jamais nécessaire d’atteindre l’objectif européen de 50 % d’entrants sur le marché du travail ayant une formation supérieure contre 42% actuellement
D’autre part, compte tenu du vieillissement de la population on assiste à une demande croissante dans les services d’aide à la personne (aides soignants, aide à domicile, métiers aujourd’hui considérés comme peu qualifiés et souvent peu valorisés dans l’échelle sociale, [3]
Le troisième résultat de ces travaux est que La fonction publique sera un très important recruteur du fait du départ massif à la retraite des baby boomers (elle embauche déjà un tiers des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur), or, la menace que fait peser sur ce secteur les perspectives néo libérales de N Sarkozy, qui ne se cache pas d’en vouloir diminuer sérieusement les effectifs, mettrait largement en cause ce pôle de stabilité [4]
Les domaines professionnels qui devraient perdre le plus d’emplois sont l’agriculture et les industries légères, on remarquera pour ces dernières que la concurrence des pays émergents condamne les activités à faible innovation et/ou valeur ajoutée
Quatre domaines professionnels devraient selon cette projection tirer l’essentiel des créations d’emploi entre 2002 et 2015, l’informatique, la santé, l’action sociale, culturelle et sportive ainsi que les services aux particuliers
Enfin les besoins en logements rendus encore plus visibles avec la popularisation des mouvements autour des SDF créent de large possibilités autour du bâtiment sous réserve d’une revalorisation du travail manuel qui nécessitera de plus en plus de connaissances intellectuelles (économie d’énergie, recherches sur les nouveaux matériaux anti pollution, domotique)
Pour autant, sans un changement fort de politique en matière d’emploi et de croissance économique, le chômage des jeunes demeurera important de même que la précarité, d’autant que l’appel aux emplois peu qualifiés (33% des travailleurs du BTP, 38% de la banque assurances, 36 % dans l’hôtellerie restauration sont recrutés avec simplement le brevet ou sans diplôme) accroît la vulnérabilité des personnes concernées.
En conclusion, la poursuite des politiques actuelles aboutit à une croissance timorée et un maintien à un niveau élevé du chômage, lui-même source de précarité et de pression sur le niveau des rémunérations. L’effort d’un gouvernement de gauche devra porter en priorité sur une relance de la croissance durable, une qualification et une revalorisation du travail permettant une meilleure mobilité interprofessionnelle autour de grandes familles de compétences.
--------------------------------------------------------------------------------
[1]Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Prospective emploi-formation à l’horizon 2015 Février 2006 – et DARES « Les métiers en 2015 décembre 05, voir également le rapport complet publié par le ministère de l’Education nationale le 3 janvier 2007 sous le titre Prospective emploi-formation 2015 une nouvelle approche. »
[2] L’étude de la DARES innove sur le plan méthodologique en prenant en compte non plus les secteurs d’activité mais 22 domaines professionnels qui regroupent eux-mêmes 84 « familles professionnelles », ce progrès pourrait être prolongé dans l’avenir par la définition de familles de compétences allant dans le sens des polyvalences et mobilités interprofessionnelles et mettant en évidence les formations complémentaires nécessaires pour accéder à telle ou telle famille de profession.
[3] Ces emplois, souvent considérés comme de proximité et peu mondialisés sont de plus en plus occupés par des travailleurs issus de l’émigration
[4] Pour sa part, François Hollande parle de redéploiement des effectifs et des moyens de la fonction publique afin de la rendre plus efficace- interview Le Monde 19-12-06
Publicité