Pour un nouveau système économique porteur de progrès et respectueux de nos valeurs
On constate aujourd’hui dans les sociétés occidentales industrialisées la primauté de l’Economie. Sujet majeur, l’Economie englobe pêle-mêle le travail, le chômage, la petite entreprise, la multinationale, le profit, les salaires, les syndicats, la bourse, le droit du travail, le mécénat, les retraites….
Il y a une transversalité presque illimitée de l’Economie à laquelle par conséquent tout semble subordonné. Et il y a effectivement un sentiment très fort de la majorité des citoyens de subir les impératifs économiques plutôt que de les dicter.
Une impression que tout s’organise, se construit, se propose autour de « la chose économique ». Plus grave, l’impression que cette dernière n’est plus synonyme de progrès mais annonce au contraire un futur dont on ne veut pas. Au delà des échanges de base (salaire contre travail, travail contre salaire, investissement contre dividende), l’organisation actuelle de la production de richesse et de sa répartition semble en contradiction avec notre devise, avec la société souhaitée par les français et un projet politique de gauche.
Que souhaitons-nous en tant que citoyen?
Si « l’on vit mieux qu’il y a 50 ans », si « la condition de l’ouvrier et de l’employé s’est améliorée », si « on peut être passionné par son travail », on ne doit pas perdre de vue les objectifs que s’est fixé notre nation : la liberté, l’égalité, la fraternité.
Notre devise (attention à ceux qui en propose une autre…) doit impérativement redevenir le point de départ de toute réflexion de politique économique. Il ne doit pas y avoir d’autre impératif que continuer afin de transmettre à nos enfants un pays qui portera en lui les bases d’un futur meilleur. Il ne s’agit pas de constater le chemin parcouru et de s’en gargariser, il s’agit de se demander quel chemin s’ouvre à nos enfants étant donné les choix et tendances économiques actuelles.
Qu’avons-nous ?
L’échec du modèle marxiste et l’abandon progressif de Keynes et de l’interventionnisme ont laissé un seul modèle : le libéralisme.
Inutile de tomber dans la caricature des termes d’ultra libéralisme ou de capitalisme sauvage, le libéralisme est une théorie et il suffit de rappeler ce qu’elle dit pour comprendre. C’est une théorie qui prône que le système d’économie de marché a ses propres lois d’auto régulation qui doivent mener aux grands équilibres macro économiques ( plein-emploi, équilibres des budgets etc…).
La déréglementation (avec souvent en toile de fond le prétexte de liberté d’action) est donc à appliquer partout. Le libéralisme est certes plus ou moins développé selon les pays et les secteurs mais il y a un fait indiscutable, c’est qu’il progresse partout sur la surface du globe. Par exemple, l’OMC vise à abattre les frontières, à déréglementer et permettre à l’initiative privée d’occuper des champs autrefois réservés à l’état.
Certes l’entreprise privée peut tout faire mais il faut aussi rappeler son but pour comprendre ce qui s’est généralisé : la maximisation du chiffe d’affaire sous contrainte de coût, la maximisation du profit.
Si cette recherche est tout à fait légitime du point de vue de l’entreprise, il faut s’interroger quant à l’addition de ces maximisations. Le cumul des objectifs privés est-il synonyme de bonne santé économique de la société ? La bonne santé économique serait-elle suffisante pour toujours mieux respecter et transmettre notre devise ?
Depuis trente ans, déréglementation, chômage et « pertes des valeurs » croissent de concert.
Et lorsqu’on rappelle que notre société s‘éloigne davantage qu’elle ne se rapproche des buts qu’elle s’est fixé, « les pragmatiques réalistes» balaient l’argument comme négligeable et dépassé!
Qu’est-ce que le système économique actuel annonce
Est-ce que le système actuel et le contexte international vont nous permettre de continuer de progresser ou allons-nous régresser voire chuter ? Que va-t-il se passer en France ? Que va-t-on voir progresser à l’avenir ?
La culture d’entreprise, les fast-food, l’obésité, les bénéfices des entreprises, les délocalisations, les licenciements, le nombre de poste TV par ménage, l’individualisme, le communautarisme, le matérialisme, le nombre de milliardaires, le nombre de sans-abris, l’exclusion, le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme ou la liberté, l’égalité, la fraternité, le progrès technique, la culture, l’éducation, le progrès social, la santé, l’environnement et cette capacité, cet engouement à retrouver, à observer et à transmettre le sens profond de la déclaration universelle des droits de l’homme.
Si certains pays choisissent une voie, sommes-nous contraints de choisir la même ?
Prenons un immeuble : les voisins ont-ils tous la même façon de gagner leur vie ? La même façon de dépenser leurs revenus, la même façon de répartir une partie de ces derniers entre les membres de leur famille ? Ont-ils les mêmes convictions, les mêmes croyances, les mêmes habitudes, la même façon de se comporter en privé? Non, bien sûr !
Pourtant, on ne doutera pas que, dans le même temps, tous ces habitants se sentent étroitement liés entre eux et solidaires lorsqu’il s’agit de questions générales qui touchent au lieu qu’ils partagent (l’entretien de l’ascenseur, la propreté des locaux, le respect et l’entraide mutuels etc..)
Il doit être possible d’élaborer, de parfaire et de promouvoir une vision de développement française- voire européenne (malgré les différences entre pays européens)- alternative à la dynamique d’uniformisation à laquelle nous assistons et qui nous inquiète pour ne pas dire qui nous effraie.
Une nation n’ayant comme principe que l’efficacité économique et comme obsessions de répondre aux injustices que ce principe entraîne est vouée à la disparition car ce type de nation n’aura bientôt plus rien à transmettre.
L’impératif de profit seul ne peut pas remplir les missions que doit se donner un peuple vis à vis de lui même, des autres nations et des générations qui lui succèderont.
Le peuple est conscient des maux qu’entraîne le libéralisme ou les décisions à caractère libéral mais il continue de subir les faits de façon tout à fait incompréhensible.
La pression du chômage est sans aucun doute l’explication majeure de cet immobilisme.
La pression constante du danger de chômage
Depuis 30 ans on a assiste à une succession de mesures ponctuelles contre le chômage sans jamais remettre en cause le système de production et de répartition des richesses. 30 ans… presque une vie professionnelle !
Avec un contexte européen et une OMC qui vise à toujours plus libéraliser l’économie, les résultats sont catastrophiques et on peut malheureusement prédire que cela va s’aggraver même si on assistera à des améliorations de nature cyclique.
Il y aurait un parallèle à faire entre un chômage aussi élevé aussi longtemps et la guerre (comme outil de pression) dans 1984 (le roman d’Orwell). Car si le chômage est devenu une obsession (ce que l’on comprend par ailleurs), il est aussi une immense source de pressions.
L’obsession du chômage a premièrement entraîné une focalisation extrême des gouvernements successifs au détriment de d’autres questions de société qui auraient pu éventuellement fournir une réponse au chômage, du moins apporter des pistes alternatives à un combat frontal et aux solutions de court terme.
Deuxièmement le chômage a permis des abus massifs. En vingt ans on a assisté à une multiplication scandaleuse des emplois sous-payés (tuc et ses descendants de réinsertion, stages etc…).
La pression constante du danger de chômage a également permit de persuader les salariés d’identifier toujours davantage leur vie à leur vie professionnelle et d’oublier le reste.
Pourtant une simple grève généralisée le montre de manière assez évidente et efficace : l’entreprise existe par ses employés et non l’inverse. Si la grève persiste l’entreprise fait faillite et n’existe plus. Un chômeur peut encore vendre ses compétences ailleurs ou s’organiser avec des collègues licenciés en mode de production alternatif.
A une époque où il y a plus de 2 millions de chômeurs, pour ceux qui ont un travail l’obsession est de le conserver quelques soient les concessions. Pour ceux qui sont au chômage, l’obsession est de retrouver un travail. Donc on comprend qu’il n’y a pas de temps, de disponibilité d’esprit pour penser à autre chose.
Pourtant nous espérons encore que la nation française, le peuple de la révolution, des droits de l’homme, des lumières, celui qui a construit l’Europe autour de son amitié pour son ancien ennemi, a un besoin impératif d'entreprendre autre chose que ce qui est nécessaire à sa simple survie !
Ne plus rechercher des solutions ponctuelles mais réinventer un système.
Il ne s’agit pas de trouver des solutions qui seraient des copies de celles mises en place dans des pays qui fonctionneraient mieux que le nôtre ( à y regarder de plus prés ils ne fonctionnent pas si bien que cela !) il s’agit d’inventer une pensée économique résolument audacieuse et nouvelle.
Les privatisations d’entreprise, le travail le dimanche, les salaires bloqués, le pouvoir d’achat en chute libre, l’explosion de la pauvreté, les naufrages de régions entières, la crise du logement nécessitent de trouver non pas des solutions mais un nouveau système économique viable, qui motiverait toute la nation parce que porteur de progrès et respectueux de nos valeurs.
Le défi est de tenir compte à la fois du système d’économie de marché et de nos engagements internationaux tout en adaptant ce système à notre convenance pour l’intérêt général.
Aussi, il y a une réelle nécessité de la part de l’état, de se réapproprier des pans entiers de l’économie afin de pouvoir utiliser ces derniers comme canaux de dispersion d’une nouvelle « mentalité économique ».
A ce titre, l’élection présidentielle de 2007 est une occasion unique de changer de cap. La France peut inventer un système économique alternatif et montrer une nouvelle voie. Elle en a envie et elle en a les moyens.
Quelques propositions ou pistes de réflexions :
1) L’Etat investisseur pour influer sur l’organisation économique de demain
S’appuyer sur les services publics nationaux existants pour créer des services publics européens ayant valeur d’exemples et de preuves de la possibilité d’un nouveau type d’entreprise en terme de qualité de service, d’efficacité et de « citoyenneté » (conditions de travail, respect de l’environnement, etc…)
2) L’actionnariat populaire organisé et représenté par l’Etat.
Création par l’état de structures juridiques (modèle juridique à inventer) regroupant des petits porteurs d’actions d’anciens services publics ou de d’autre société afin de constituer une entité qui pourraient peser lors de prises de décision.
Le but étant de faire passer une éthique de service public dans l’entreprise privée (environnement, santé, qualité des conditions de travail, etc…) et de se prémunir contre des décisions qui vont manifestement à l’encontre des intérêts du plus grand nombre.
3) Prise de participation de l’état en échange des aides allouées
· Aide à la création de projets privés originaux
· Aide à la création de projets privés s’inscrivant dans un programme d’Etat (développement d’un secteur, d’une filière, sauvetage d’une région sinistrée)
· Exonération de charges pendant une certaine durée
· Aide au respect d’une charte (par exemple respectueuse de l’environnement)
En échange de :
· Prise de participation de l’Etat dans le capital de l’entreprise aidée
· Réfléchir à une forme juridique originale
· Possibilité pour l’état de constituer des agglomérats à partir de ces sociétés selon une dynamique régionale ou sectorielle.
· Ouverture d’une partie du capital de l’agglomérat aux personnes physiques, sur un marché boursier spécifique, avec des règles spécifiques (impossibilité de vendre ou acheter plus d’un certain nombres d’actions – impossibilité de détenir plus d’un certain pourcentage d’actions)
4) L’état moteur de croissance :
Le progrès technique est générateur de révolutions industrielles et de croissance. Il faut évidemment payer les chercheurs en conséquence, retenir ceux qui veulent partir et attirer les chercheurs étrangers.
L’état doit jouer un rôle majeur dans la recherche fondamentale et appliquée de demain en interdisant toute concurrence entre recherches privée et publique et en unifiant les fonds publics et privés grâce à des pôles de recherche d’économie mixte ultra performants.
Relance concertée de la consommation au niveau européen
Trouver des mesures qui permettent de garantir des destinations précises aux sommes allouées aux ménages.
Publicité