Démocratie dans l'entreprise: atout pour l'économie française
Le manque de démocratie dans l'entreprise , source de stérilisation des talents Le système de fonctionnement des grandes entreprises se caractérise par une hyperconcentration du pouvoir entre les mains d'un président directeur réputé omniscient et de quelques proches collaborateurs. Cet état de fait contribue à une démotivation et à un désinvestissement des salariés et notamment de l'encadrement qui n'est informé qu'à posteriori des grandes décisions, souvent de nature financière.
Ce mode de fonctionnement quasi hiérarchique avec ses phénomènes de cour repose sur une grande consanguinité au sein des conseils d'administration censés contrôler les PDG. Le PDG de la société A est membre du conseil d'administration de la société B et de la société C dont le PDG lui-même membre du conseil d'administration de la société A fixe la rémunération de son PDG.... Les salaires atteignent ainsi des sommets difficilement justifiables et, sauf excès ou erreurs manifestes les PDG échappent à toute sanction. Ainsi va le capitalisme français dont les modes de fonctionnement claniques sont dénoncés même par ses plus chauds partisans (Rapport Viénot notamment). Ce système est extrêmement protecteur pour les élites en place mais il ne garantit nullement une dynamique économique durable dans la mesure où, faute d'être capable de toujours générer des projets correspondants aux normes de rentabilité recherchés un certain nombre de ces entreprises sont conduites à racheter leurs actions, ce qui revient à redonner à leurs actionnaires un argent qu'on ne sait plus utiliser pour créer de la richesse.
Les raisons de ce mécanisme résultent de deux phénomènes: d'une part les entreprises dans le monde entier sont en recherches de capitaux eux-mêmes à la recherche de rendements toujours plus élevés et d'autre part les apporteurs de ces capitaux ont l'obsession de ne pas être spoliés par les dirigeants des entreprises qui connaissant bien mieux qu'eux la réalité de l'activité peuvent être tentés de mener des stratégies directement contraires à leurs intérêts. Afin d'aligner ces intérêts divergents la solution est de surpayer les dirigeants avec des actions, d'où les mécanismes des stock-options et des distributions gratuites d'actions. Ainsi le divorce est total entre des dirigeants dont les intérêts sont directement asservis à ceux des apporteurs de capitaux, qui peuvent dans la plupart des cas se dégager à tous moments, et ceux des salariés et incidemment des régions ou des pays d'accueil des entreprises dont les possibilités de « sortie » sont beaucoup plus faibles.
Face à ce mécanisme du capitalisme de type anglo-saxon certains proposent un recours accru à l’actionnariat salarié, qui peut constituer de surcroît une utile parade contre des OPA hostiles. A titre d’exemple dans beaucoup d’entreprises françaises à l’actionnariat très dispersé comme Vinci les salariés constituent le premier actionnaire. Ce système présente toutefois beaucoup d’inconvénients puisque lorsque l’activité de l’entreprise se dégrade le salarié actionnaire est doublement pénalisé : en tant que salarié et en tant qu’actionnaire. Un cas extrême est constitué par une société comme ENRON dont les salariés ont perdu et leur emploi, et leurs économies et leurs droits à pension.
Des modèles capitalistes différents existent qui reposent sur des leviers d’épargne puissants au travers des banques et des systèmes de pouvoir partagé via la cogestion. C’est le fameux modèle du capitalisme rhénan dans lequel une part plus importante du financement est apporté par les banques et les salariés ont un mot à dire dans la gestion de l’entreprise. En France la loi de démocratisation du service public apporte également des réponses partielles à la question de la participation des salariés via leurs administrateurs élus parrainés par les syndicats à la vie de l’entreprise. Le modèle rhénan a été beaucoup critiqué ces dernières années car il était censé paralyser la prise de décision et conduire à un certain manque de dynamisme des entreprises d’outre-Rhin. Aujourd’hui les succès renouvelés de l’Allemagne sur le plan économique malgré la lourde charge que constitue le poids de la réunification relègue ces critiques à l’arrière plan.
Il n’y a toutefois certainement pas de solution miracle et de plus les solutions doivent être adaptées aux structures économiques et aux traditions culturelles fondamentales des différents pays (Rôle de l’appareil bancaire, des fonds de pension, du capital familial, poids et traditions des syndicats, du dialogue social, rôle de la loi, de la négociation …). La France, via les lois Auroux, a fait preuve d’innovation avec des résultats qui se sont vite avérés décevants.
Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins : la France dispose de grands groupes industriels bien insérés dans la compétition internationale mais de plus en plus soumis au modèle anglo-saxon et dont la pérennité du contrôle n’est plus assurée (Péchiney, Arcelor n’existent plus en tant que tels. Ces groupes dynamiques font de plus en plus leur développement en-dehors de France et c’est dans la nature des choses. Par ailleurs la France dispose d’une main d’œuvre qualifiée et impliquée, à même de réagir aux inflexions d’un environnement changeant, elle bénéficie d’un réseau d’infrastructures et de services publics de qualité qui rendent en particulier plus facile le travail des femmes que dans d’autres pays. En revanche la faiblesse de ses syndicats constitue un handicap souvent mal compensé par un recours vu comme tatillon à la loi par les entrepreneurs français ou étrangers.
Il conviendrait d’engager sitôt après les présidentielles une grande négociation entre les partenaires sociaux qui démarrerait par un retour d’expérience sur ce qui a été tenté en matière de participation des salariés, de lois Auroux, d’actionnariat salarié, de démocratisation du secteur public , de rôle des syndicats, de mobilisation des capacités d’épargne collective pour faire émerger une véritable démocratie dans l’entreprise animée par les syndicats et qui assurerait aux apporteurs de capitaux soucieux de valorisation de long terme (ils existent !) une gamme de solutions France reposant sur les avantages d’un pays où les entreprises bénéficient d’infrastructures et de services publics de haute qualité et d’une main d’œuvre bien formée et entreprenante